Diversité Culturelle et Religieuse. Quelle Ethique pour l’Entreprise ?

Débats…Débats…..Débats…

 

Il m’a semblé intéressant de vous rendre compte d’une conférence organisée par Perica et donnée par Patrick Banon, sur le thème :

    LES ENJEUX ACTUELS DE LA DIVERSITE CULTURELLE ET RELIGIEUSE. QUELLE ETHIQUE POUR L’ENTREPRISE ?

 

Si, pendant des siècles, la France, ainsi que la majorité des pays, a été dominée par une religion contribuant à l’organisation de la société, la situation actuelle est totalement différente : la France compte aujourd’hui 350 religions dans le contexte actuel de mondialisation. Comment accompagner ces différences, d’autant que l’on observe une vraie vitalité, voire une radicalisation de la pratique religieuse ? Pour exemple, 28 % des Musulmans sont très traditionalistes, et la majorité d’entre eux sont des jeunes de moins de 20 ans.

L’école d’abord, puis les hôpitaux ont été depuis quelques années confrontés à la montée de revendications culturelles ou religieuses. C’est aujourd’hui le tour de l’entreprise. Si la question a été longtemps évitée, elle est maintenant difficilement évitable : 25 % des DRH (Directeurs des Ressources Humaines) ou des dirigeants d’entreprises sont aujourd’hui confrontés à des questions religieuses. Alors quelle attitude adopter, quelles réponses apporter ?

A première vue, la situation de la France, unique dans le monde, est simple : la France est depuis 1905 un pays laïc où l’Etat ne reconnait ni n’interdit les religions, où seuls l’Etat et le service public sont astreints à la stricte neutralité, où chacun peut afficher ses opinions politiques, religieuses ou autres en totale liberté, que ce soit dans l’entreprise ou ailleurs, dans la mesure où cela ne porte pas atteinte à l’ordre public. En France, c’est le principe d’égalité qui domine, alors que dans les pays anglo-saxons l’essentiel est la liberté. Ainsi, en Grande Bretagne, l’épineux problème à l’université des Sikhs avec leur turban et leur poignard a fait l’objet…. d’une dérogation pour eux ; ainsi le mariage forcé n’y a été interdit qu’en…. 2015 !

La situation française apparait donc simple puisque la loi dit ce qu’il ne faut pas faire. Ainsi, en dehors du service public, on ne peut avoir dans aucun règlement une interdiction ou une diminution de la religion : par exemple, concernant la question du voile, on ne peut en inscrire l’interdiction… sauf pour des questions d’hygiène… mais il faut que cela soit motivé. Alors, que faut-il faire face à la montée des revendications ??

Une partie de l’opinion publique a voulu durcir le ton et la loi… Ainsi, la Loi Travail qui vient d’être votée apporte sur cette question une réponse très controversée, en introduisant la neutralité religieuse dans l’entreprise. Il y a là un pas dangereux et possiblement contraire à ce que disent notre Constitution et La Convention Européenne Des Droits De L’Homme sur les libertés. Est-il sage d’introduire dans les règlements des entreprises ces dispositions, très floues au demeurant, «imposant» la neutralité religieuse ? Faut-il vraiment une loi ?…

Mais la question est toujours là, qui demande réponse… Faut-il d’abord interroger les religions ? Non ! Parce que les religions ne parlent pas, ce sont les hommes qui parlent ; ainsi, rien dans le Coran sur la question du voile, et c’est l’apôtre Paul à Corinthe qui demande aux femmes de porter le voile…. Il faut donc interroger des critères légaux : l’acceptation de la demande culturelle ou religieuse remettra-t-elle en question la sécurité ? Les règles d’hygiène, de santé ? La liberté d’autrui ? Les conditions d’inscription, de participation ? L’organisation de l’activité ? Le droit commun ?… Les textes actuels sont largement suffisants pour permettre les restrictions inhérentes à la nature de la tâche à accomplir sans contrevenir aux libertés fondamentales.

Les entreprises sont et seront donc confrontées à la montée des demandes culturelles ou religieuses, c’est là une situation incontournable. La loi de 1905 pose le cadre juridique, elle ne doit pas être le prétexte à une conception belliqueuse de la laïcité, mais bien plutôt être une invitation au débat, dans le respect des valeurs de liberté, de fraternité qui fondent notre vivre ensemble, en France… et à Rillieux !

Catherine Lasserre